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Événements passés

Événement client 2018

Vers une émancipation numérique de l’Europe par rapport aux Etats-Unis ? 12.04.2018

Quels sont les défis de la révolution numérique ? Dans quelle mesure nos données à l’étranger sont-elles sécurisées ? Comment l’Europe peut-elle s’imposer dans le monde numérique face à des cycles d’innovation toujours plus rapides ? L’événement client pom+ de cette année était consacré à ces thèmes et à d’autres questions-clés de l‘ère de l‘information. L’évènement qui s’est déroulé dans la salle du Kaufleuten de Zurich a débuté par un apéritif de bienvenue. Le Dr Peter Staub, CEO de pom+ et Christian Lindner, président du parti libéral-démocrate allemand (FDP), ont ensuite présenté une gerbe d’informations et de prises de position fortes, le tout pimenté d’une touche d’humour. Leur intervention était animée par la journaliste Anna Meier. L’apéritif qui a conclu l’événement a offert aux quelque 220 invités l’opportunité de poursuivre les discussions et a donné lieu à des échanges passionnants.

Allocution de bienvenue

C’est sur ces mots de bienvenue que la modératrice Anna Meier a introduit les thèmes de la protection des données et de l’économie numérique. Les choses sérieuses sont tout de suite abordées : « Lequel d’entre vous a googlé aujourd’hui ? », « Pourriez-vous tenir un jour sans utiliser Google ? », « ... Une semaine ? ». Il devient immédiatement évident que chacun dépend des services du géant américain des moteurs de recherche. À la dernière question, seul un tiers des mains sont encore levées et la modératrice conseille : « Faites-donc une cure de désintoxication de Google ! »

pom+News - Dr. Peter Staub

Entre alors en scène Peter Staub, PDG de pom+. Et tout de suite une discussion animée s’engage où il question de la façon dont le Dr Staub personnellement, pom+ en tant qu’entreprise et l’économie en général réagissent aux nouvelles possibilités de la numérisation. Dr Staub énumère les différentes prestations de pom+ et relève que l’entreprise est dans son ensemble très stable.

Elle l’est grâce à des projets innovateurs tels que le Future Lab et un réseau performant d’excellentes entreprises partenaires. Il souligne clairement la nécessité d’une approche orientée vers l’avenir, car trop peu d’innovations et de recherches orientée vers le futur ont été menées jusqu’à présent, en particulier dans le secteur de l’immobilier.

Le CEO de pom+ identifie le passage de structures rigides à des structures dynamiques, l’évolution de la mobilité et le développement du travail à temps partiel comme des thèmes majeurs pour les années à venir. Il note que des villes innovantes telles que New York, Londres ou Berlin attirent de plus en plus l’attention, au contraire de la Silicon Valley, toute-puissante seulement en apparence. La construction durable et la science des données sont aujourd’hui des domaines d’activité particulièrement importants pour pom+. Il est tout aussi important de concevoir un bâtiment efficient à long terme que de conserver et évaluer qualitativement et quantitativement les données concernant un bâtiment.

En conclusion, Anna Meier a demandé au Dr Staub son opinion sur l’avenir de sa branche. Sa réponse à cette question était claire : certaines choses sont déjà en cours d’évolution, mais il reste encore beaucoup à faire !

Discours improvisé - Christian Lindner (FDP)

Christian Lindner a spontanément accepté l’invitation à prendre la parole lors de cet événement client afin de se « resocialiser » - comme il le dit lui-même - après les âpres négociations de coalition avec la Jamaïque en Allemagne. Les propos très positifs de pom+ sur l’Allemagne et Berlin, qui "font inutilement de l’ombre à la Suisse et à pom+", sont une autre raison de sa présence. Le leader du FDP a annoncé que son discours était improvisé et a rapidement expliqué que le terme "numérique" n’était pas approprié pour le sujet. Il ne s’agit pas d’un réveil numérique, mais d'un tournant historique. C’est ainsi qu’il qualifie l'audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain et l'incompréhension mutuelle entre l'ancienne et la nouvelle gouvernance.

Lindner parle d'une convergence entre les développements techniques et sociaux et cite l'évaluation des phénomènes sociaux par Facebook (par exemple en supprimant les soi-disant "Fake News") comme exemple de la disparité entre les mécanismes classiques et la puissance sur le marché des grandes entreprises numériques.

Pour Christian Lindner, la numérisation touche trois domaines principaux (d’ailleurs un billet électronique sur un smartphone n’en fait selon lui pas partie) : intelligence artificielle, dématérialisation et décentralisation.

L’intelligence artificielle est le principal levier du changement et aura une influence décisive sur les marchés des capitaux et la guerre (mot-clé : cyberguerre). Les leaders dans ce domaine sont la Chine et les États-Unis, qui tous deux ont des instances dirigeantes plus ou moins ouvertement autoritaires. Lindner soutient que l’Europe est fortement en retard et que les experts quittent le continent. Il préconise une réponse gouvernementale aux menaces posées par l’IA et plaide en faveur d’une science forensique numérique et d’une charte internationale de l’ONU pour réglementer l’intelligence artificielle.

En matière de dématérialisation, Christian Lindner, passionné d’automobile, cite comme exemples la conduite autonome et surtout l’économie partagée. Dans de nombreux cas, la numérisation rend superflue la possession d’objets et brouille la ligne de démarcation entre le produit et le service. Par exemple autrefois, l’objectif était de posséder la plus belle voiture possible, alors qu’aujourd’hui l’accent est mis sur le confort général dans l’utilisation du véhicule et rend sa possession complètement superflue dans certains cas.

Le troisième aspect, la décentralisation, fait disparaître des intermédiaires comme les banques. Au centre de cet aspect se trouve bien sûr le Blockchain, cette technologie par laquelle l’information n’est pas stockée en un seul endroit, mais de manière décentralisée dans l’ensemble du réseau et à l’abri des falsifications. Ici aussi, l’Europe risque de prendre du retard, mais, selon Lindner, elle a encore une vraie opportunité.

Le leader du FDP qualifie la numérisation de « deuxième révolution industrielle qui change fondamentalement tout » et affirme que la peur n’est pas la bonne réaction. L’évolution est beaucoup plus positive si l’on crée les bonnes conditions cadres. Les emplois ne disparaîtront pas, mais seront simplement délocalisés. Toutefois, pour y arriver, des concepts d’apprentissage durant toute la vie sont nécessaires. D’une manière générale, l’éducation en Europe doit devenir plus individuelle et numérisée. La région asiatique est un modèle à cet égard.

Christian Lindner critique le fait que l’économie n’a pas compris le phénomène de la numérisation. La culture de gestion doit être radicalement changée. Le commandement et l’obéissance sont à remplacer par plus d’autodétermination et de responsabilité personnelle. Cela s’applique également à la relation entre l’État et les citoyens. L’État doit fixer des objectifs et des règles et laisser le marché tester diverses solutions. Pour cela il faut une autre culture de l’erreur, qui admette les échecs et favorise les secondes chances.

« Pour l’avenir numérique de l’Europe, il faut une politique industrielle intelligente en matière de technologies innovantes, avec des programmes de recherche fondamentale paneuropéens et un arbitrage étatique », a déclaré M. Lindner. Des acteurs qui dictent les règles du jeu et réunissent trop d’éléments d’une chaîne de valeur sous un même toit posent problème au regard de la législation antitrust et devraient être réglementés afin d’assurer une saine concurrence dans laquelle prévalent réellement les meilleures solutions.

Lindner se demande pourquoi le plus grand moteur de recherche du monde exploite aussi la plateforme vidéo la plus importante d’internet.

Lorsqu’il s’agit de traitement de données, le responsable du FDP a une position claire : il faut évaluer les données, mais pas n’importe comment. Lindner s’engage pour la définition d’une loi sur la souveraineté des données et la création d’un marché intérieur numérique au niveau européen, afin que les entreprises ne soient plus en mesure de s’implanter là où la loi sur la protection des données est la plus faible.

En conclusion, Lindner résume que personne ne devrait avoir peur, puisque certaines choses sont déjà en cours. Mais par sa tradition humaniste, l’Europe a le devoir de tenir tête aux États autoritaires et de défendre une utilisation responsable des nouvelles technologies.

Après la conférence, Christian Lindner répond à quelques questions de l’auditoire, non sans avoir d’abord invité le Dr Peter Staub sur scène en tant qu’expert. Les questions vont de celles portant sur la biographie personnelle de Lindner et la question de l’origine de son talent rhétorique au flux de travail de son parti, qui - comme Lindner l’annonce fièrement - est hautement numérisé.

Apéro

À la fin de l’événement, une collation et des boissons sont servies et les participants profitent de l’occasion pour réseauter et partager de passionnantes perspectives. C’est au son d’innombrables débats, conversations et expressions d’idées nouvelles que la soirée prend fin, mais elle continuera sûrement à alimenter les conversations pendant longtemps. Au printemps prochain, un nouvel événement client aura lieu et permettra comme à chaque fois de présenter un autre thème susceptible de faire évoluer le monde.

Impressions